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Pourquoi avons-nous autant de mal à ne rien faire ?

  • Photo du rédacteur: Mathieu Joyeux
    Mathieu Joyeux
  • 10 août
  • 3 min de lecture

Nous vivons dans une société qui valorise énormément le mouvement.

Il faut avancer.

Produire.

Développer.

Progresser.

Saisir les opportunités.

Être efficace.

Même lorsque nous prenons quelques jours de repos, nous avons parfois besoin de les remplir : visiter, découvrir, organiser, photographier, partager...

Comme si l'immobilité était devenue suspecte.

Comme si ne rien faire signifiait nécessairement perdre du temps.

Pourtant, lorsque je regarde le vivant, je rencontre une tout autre logique.

Une forêt n'est jamais réellement immobile

En surface, certaines périodes semblent presque silencieuses.

Un arbre peut paraître ne rien faire.

Une graine peut rester longtemps invisible.

Une terre peut sembler en attente.

Mais sous la surface, la vie continue.

Les racines se développent.

Les organismes échangent.

Les réserves se constituent.

Les transformations se préparent.

Ce qui est invisible n'est pas nécessairement inactif.

Cette idée me semble particulièrement intéressante lorsqu'on la transpose à nos vies professionnelles.

Les périodes où rien ne semble se passer

Que vivons-nous lorsque notre activité ralentit ?

Lorsque nous quittons un emploi sans encore savoir précisément ce qui viendra ensuite ?

Lorsque nous avons une idée mais pas encore les moyens de la réaliser ?

Lorsque nous avons besoin de nous arrêter avant de prendre une nouvelle direction ?

Nous pouvons facilement interpréter ces périodes comme un manque.

Nous avons l'impression de prendre du retard.

Nous nous comparons à ceux qui semblent avancer plus vite.

Nous cherchons parfois à remplir immédiatement le vide.

Pourtant, ce vide apparent peut être extrêmement fécond.

Une reconversion peut être une période de préparation.

Une pause peut permettre de retrouver son axe.

Une période sans résultat visible peut servir à construire les compétences, la confiance ou la vision nécessaires à la suite.

Comme une graine, nous pouvons être en train de travailler sur quelque chose que personne ne voit encore.

Le problème vient peut-être de notre définition de la performance

Et si nous avions réduit la performance à ce qui est immédiatement mesurable ?

Un chiffre d'affaires.

Un objectif atteint.

Un projet terminé.

Une promotion.

Une nouvelle compétence certifiée.

Toutes ces choses ont leur importance.

Mais elles ne racontent pas toute l'histoire.

Comment mesurer une confiance qui revient ?

Une idée qui mûrit ?

Une personne qui retrouve progressivement le sens de son travail ?

Une décision qui n'est pas encore prise mais qui devient plus claire ?

Certaines transformations essentielles ne produisent aucun résultat visible pendant longtemps.

Et pourtant, elles peuvent changer toute une trajectoire.

Le vivant ne pousse pas toute l'année

C'est peut-être l'une des choses que j'aime le plus observer dans la nature.

Tout n'y est pas constamment en expansion.

Il y a des saisons.

Des périodes de croissance.

De floraison.

De production.

Mais aussi des périodes de repos, de transformation et de préparation.

Le vivant ne considère pas l'hiver comme un échec de l'été.

Il ne demande pas à une graine pourquoi elle n'est pas encore un arbre.

Il respecte son rythme.

Alors pourquoi sommes-nous si souvent incapables de respecter le nôtre ?

Et si nous parlions davantage de temps de fondation ?

Je crois que cette expression me plaît beaucoup.

Un temps de fondation.

Une période durant laquelle quelque chose se construit sans être encore visible.

Cela peut être une reconversion.

Un projet entrepreneurial.

Une formation.

Une période de réflexion.

Un changement de vie.

Ou simplement le besoin de retrouver ce qui compte réellement pour soi.

Cela ne signifie pas qu'il faille attendre passivement.

Une graine ne fait peut-être rien de visible, mais elle est bien vivante.

Il s'agit plutôt d'apprendre à distinguer l'immobilité de l'enracinement.

Parfois, nous ne sommes pas à l'arrêt.

Nous sommes simplement en train de construire ce qui permettra à la suite de tenir debout.

Alors, que sommes-nous réellement en train de faire ?

Peut-être pouvons-nous parfois remplacer une question par une autre.

Au lieu de nous demander :

« Qu'est-ce que je suis en train de produire ? »

nous demander :

« Qu'est-ce qui est en train de prendre racine ? »

La question change complètement notre regard.

Elle nous permet de reconnaître une valeur à ce qui n'est pas encore visible.

Et peut-être aussi de nous donner le droit de ralentir lorsque cela devient nécessaire.

Parce qu'un arbre ne grandit pas en permanence.

Mais il ne cesse jamais d'être vivant.

🌿

Et vous, avez-vous déjà traversé une période qui vous semblait improductive sur le moment, mais qui s'est révélée essentielle pour la suite ?

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