Et si l’amour ne consistait pas à trouver quelqu’un qui nous complète, mais quelqu’un auprès de qui nous n’avons pas besoin de nous perdre ?
- Mathieu Joyeux
- il y a 4 jours
- 5 min de lecture
Nous avons appris à parler de l’amour comme d’une rencontre.
Trouver la bonne personne. Trouver son âme sœur. Trouver quelqu’un qui nous complète.
Comme si nous étions quelque part une moitié en attente de l’autre.
Mais je me demande parfois si nous ne nous trompons pas de question.
Et si l’amour ne consistait pas à trouver quelqu’un qui nous complète, mais quelqu’un auprès de qui nous n’avons pas besoin de nous perdre ?
Car il existe une différence immense entre être avec quelqu’un et être véritablement soi-même auprès de cette personne.
Aimer, est-ce s’adapter ?
Nous apprenons très tôt à nous adapter.
À faire plaisir. À écouter les attentes. À éviter les conflits. À devenir parfois ce que nous pensons que l’autre attend de nous.
Dans une relation amoureuse, cette capacité d’adaptation peut facilement être confondue avec de l’amour.
Nous faisons des compromis.
Nous renonçons parfois à certaines choses.
Nous changeons nos habitudes.
Nous faisons une place à l’autre.
Et tout cela peut être parfaitement juste.
Mais à partir de quel moment faire une place à l’autre revient-il à ne plus avoir de place pour soi-même ?
La frontière est parfois difficile à percevoir.
On peut commencer à se taire pour ne pas blesser.
À accepter pour ne pas décevoir.
À rester pour ne pas abandonner.
À donner davantage pour être certain d’être aimé.
Et progressivement, sans même s’en rendre compte, quelque chose s’efface.
Nous sommes toujours dans la relation.
Mais nous sommes peut-être un peu moins présents à nous-mêmes.
Se perdre peut parfois ressembler à aimer
C’est peut-être l’un des paradoxes les plus douloureux des relations humaines.
Nous pouvons sincèrement aimer quelqu’un et pourtant nous éloigner de nous-mêmes dans cette relation.
Parce que l’amour peut réveiller nos peurs.
La peur d’être abandonné.
La peur de ne pas être suffisamment bien.
La peur de décevoir.
La peur de perdre l’autre.
Et lorsque ces peurs prennent le dessus, nous pouvons chercher à sécuriser la relation en nous adaptant toujours davantage.
Nous croyons préserver l’amour.
Mais peut-être sommes-nous simplement en train de préserver notre peur de le perdre.
Alors une question apparaît :
Peut-on vraiment être aimé pour qui nous sommes si nous passons notre temps à devenir quelqu’un d’autre pour être aimé ?
L’alignement ne signifie pas vivre seul
Parler d’alignement pourrait donner l’impression qu’il faudrait d’abord se trouver parfaitement soi-même avant de pouvoir aimer.
Je ne le crois pas.
Nous ne sommes jamais complètement « arrivés ».
Nous évoluons.
Nous changeons.
Nous découvrons certaines parts de nous-mêmes au contact des autres.
Une relation peut justement être un formidable espace de transformation.
Mais l’alignement ne demande peut-être pas de vivre seul.
Il demande simplement de ne pas abandonner son propre axe lorsque l’on rencontre quelqu’un.
Faire une place à l’autre n’implique pas de quitter sa propre maison intérieure.
Écouter l’autre ne signifie pas ne plus s’écouter.
Aimer les besoins de l’autre ne signifie pas oublier les siens.
Et respecter la liberté de l’autre ne devrait pas nécessiter de renoncer à la sienne.
Deux arbres n’ont pas besoin de devenir un seul arbre
J’aime observer les arbres pour comprendre certaines choses de nos relations.
Deux arbres peuvent pousser côte à côte.
Leurs branches peuvent se rejoindre.
Leurs feuillages peuvent parfois presque se confondre.
Leurs racines peuvent explorer le même sol.
Ils vivent dans le même environnement.
Ils peuvent même, d’une certaine manière, participer au même écosystème.
Et pourtant, chacun reste un arbre.
L’un ne demande pas à l’autre de devenir lui.
Il ne lui demande pas de pousser dans la même direction.
Il ne lui demande pas de perdre ses racines pour rejoindre les siennes.
Ils grandissent ensemble sans avoir besoin de devenir identiques.
Peut-être que l’amour pourrait parfois ressembler à cela.
Deux êtres pleinement vivants qui choisissent de grandir côte à côte.
Pas deux moitiés qui cherchent désespérément à fusionner.
L’amour comme espace de liberté
Et si aimer véritablement quelqu’un consistait aussi à lui permettre d’être pleinement lui-même ?
Cela paraît évident.
Et pourtant, dans la réalité, nous pouvons facilement vouloir retenir.
Comprendre.
Contrôler.
Anticiper.
Être rassuré.
Savoir ce que l’autre pense.
Savoir où il va.
Savoir s’il nous aime encore.
Nous pouvons chercher tellement de sécurité que nous finissons parfois par étouffer ce que nous cherchions justement à préserver.
L’amour n’est peut-être pas l’absence de peur.
Peut-être est-ce la capacité à ne pas laisser nos peurs décider entièrement à notre place.
À accepter que l’autre soit un autre.
Avec ses besoins.
Ses rêves.
Ses silences.
Ses changements.
Sa liberté.
Et peut-être que cette liberté est précisément ce qui permet à la relation de rester vivante.
Lorsque nous retrouvons notre axe
Il y a quelque chose d’étonnant lorsque nous commençons à nous réaligner.
Certaines relations deviennent plus profondes.
Certaines deviennent plus simples.
Et certaines peuvent aussi s’éloigner.
Non pas nécessairement parce que nous aimons moins.
Mais parce que nous ne sommes plus disposés à nous abandonner pour maintenir une relation.
Nous pouvons commencer à dire non.
À exprimer ce que nous ressentons.
À poser nos limites.
À reconnaître nos besoins.
À ne plus chercher constamment à être validés.
Et cela peut modifier profondément notre manière d’aimer.
Nous découvrons parfois que certaines relations reposaient davantage sur notre capacité à nous adapter que sur une véritable rencontre.
Cela peut être douloureux.
Mais cela peut aussi être libérateur.
Car lorsque nous cessons de nous perdre, nous découvrons quelque chose d’essentiel :
L’amour qui nous demande de disparaître n’est peut-être pas celui dont nous avons besoin pour grandir.
Alors, qu’est-ce qu’une relation alignée ?
Je ne suis pas certain qu’il existe une définition.
Et je ne voudrais surtout pas proposer une nouvelle liste de critères à cocher.
Une relation alignée n’est pas nécessairement une relation parfaite.
Il y aura des désaccords.
Des incompréhensions.
Des blessures.
Des moments de distance.
Des périodes où chacun aura besoin de retrouver son propre espace.
L’alignement n’est pas l’absence de mouvement.
Il est peut-être plutôt la capacité à revenir à son axe lorsque nous nous en éloignons.
Dans une relation, cela pourrait vouloir dire pouvoir dire :
« Je t’aime et je ne suis pas d’accord. »
« Je tiens à toi et j’ai besoin d’être seul. »
« Je veux être avec toi sans cesser d’être moi. »
« Je peux entendre ton besoin sans renoncer au mien. »
Peut-être que l’amour véritable ne cherche donc pas à supprimer les différences.
Il apprend à vivre avec elles.
Et si l’amour nous permettait de devenir davantage nous-mêmes ?
Je crois finalement que c’est peut-être là que l’amour et l’alignement se rejoignent.
Une relation profondément vivante ne devrait pas nécessairement nous rendre dépendants de l’autre pour savoir qui nous sommes.
Elle pourrait au contraire nous donner suffisamment de sécurité pour oser être davantage nous-mêmes.
Comme deux arbres qui grandissent côte à côte.
Chacun avec ses racines.
Chacun avec son histoire.
Chacun avec ses branches.
Et parfois leurs branches se rencontrent.
Mais aucun n’a besoin de renoncer à son propre mouvement pour que l’autre puisse grandir.
Alors peut-être que la bonne personne n’est pas celle auprès de laquelle nous devenons quelqu’un d’autre.
Peut-être est-ce celle auprès de laquelle nous pouvons devenir davantage nous-mêmes.
Et peut-être que la véritable question n’est finalement pas :
« Est-ce que cette personne me complète ? »
Mais plutôt :
« Est-ce qu’auprès de cette personne, je me sens davantage vivant, davantage libre, davantage moi-même ? »
Et vous ?
Comment savez-vous qu’une relation vous permet de rester pleinement vous-même ? 🌿





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