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Et si nous regardions notre vie comme un laboratoire ?

Photo du rédacteur: Mathieu Joyeux
Mathieu Joyeux
6 sept.
5 min de lecture

Et si notre vie n'était pas une suite d'épreuves à réussir, mais un laboratoire dans lequel nous apprenons peu à peu à devenir nous-mêmes ?

Nous avons souvent appris à regarder notre vie à travers des catégories.

Ce qui fonctionne.Ce qui ne fonctionne pas.Ce que nous avons réussi.Ce que nous avons raté.Les bonnes rencontres.Les mauvaises.

Nous cherchons parfois à savoir si nous avons pris la bonne décision, choisi le bon métier, rencontré la bonne personne ou suivi le bon chemin.

Comme si notre vie était une succession de problèmes à résoudre et de résultats à obtenir.

Mais il existe peut-être une autre manière de regarder ce que nous vivons.

Et si notre vie était aussi un laboratoire ?

Un espace d'expérimentation dans lequel nous découvrons progressivement qui nous sommes, ce qui nous nourrit, ce qui nous épuise, ce qui nous met en mouvement et ce qui nous éloigne de nous-mêmes.

Expérimenter plutôt que réussir

Regarder sa vie comme un laboratoire change profondément notre manière de considérer nos expériences.

Une relation qui se termine n'est plus nécessairement un échec.

Un changement professionnel n'est pas forcément une erreur.

Une période de solitude n'est pas nécessairement un vide.

Même ce que nous considérons comme une difficulté peut devenir une occasion d'observer ce qui se passe en nous.

Non pas pour tout rationaliser.

Et encore moins pour chercher immédiatement une leçon à chaque événement.

Mais simplement pour regarder.

Que suis-je en train de vivre ?

Qu'est-ce que cette situation fait émerger en moi ?

Qu'est-ce que je ressens ?

Qu'est-ce que j'accepte ?

Qu'est-ce que je refuse ?

Qu'est-ce que je découvre sur ma manière d'aimer, de travailler, de choisir ou de me protéger ?

Notre vie devient alors un terrain d'observation.

Et nous devenons peu à peu les observateurs de notre propre chemin.

Nos relations comme révélateurs

Les relations sont probablement l'un des plus grands laboratoires de connaissance de soi.

Parce que l'autre vient toucher des endroits que nous ne rencontrons pas toujours lorsque nous sommes seuls.

Une personne peut réveiller notre confiance.

Une autre notre peur de l'abandon.

Une autre encore notre besoin de reconnaissance.

Certaines rencontres nous apaisent.

D'autres nous bousculent profondément.

Et certaines semblent arriver dans notre vie pour ouvrir une porte que nous n'avions jamais pensé franchir.

Cela ne signifie pas que toutes les relations doivent durer.

Certaines personnes nous accompagnent pendant des années.

D'autres ne font que traverser notre histoire.

Mais chacune peut nous permettre, si nous acceptons de regarder ce qui se joue, de mieux comprendre notre propre fonctionnement.

C'est aussi pour cela que certaines rencontres peuvent devenir de véritables Éveilleurs.

Non pas nécessairement parce que ces personnes savent quelque chose que nous ignorons.

Mais parce que leur présence fait émerger quelque chose qui était déjà là.

Une question.

Un désir.

Une prise de conscience.

Une nouvelle possibilité.

Et si nous arrêtions de nous juger aussi vite ?

Regarder sa vie comme un laboratoire demande aussi de changer notre rapport au jugement.

Nous avons souvent tendance à évaluer très rapidement nos expériences.

« J'aurais dû faire autrement. »

« Je me suis trompé. »

« Cette relation était une erreur. »

« J'ai perdu du temps. »

« Je n'aurais jamais dû accepter cela. »

Peut-être pouvons-nous parfois remplacer ces affirmations par une question beaucoup plus simple :

Qu'est-ce que cette expérience m'apprend sur moi ?

Cela ne signifie pas excuser ce qui nous a fait du mal.

Cela ne signifie pas rester dans une situation qui ne nous convient plus.

Cela ne signifie pas transformer toutes les souffrances en expériences prétendument nécessaires.

Cela signifie simplement que nous pouvons choisir de ne pas réduire notre histoire à ses résultats.

Nous pouvons aussi regarder ce que nous avons découvert en chemin.

Observer nos réactions

Il y a une autre chose particulièrement intéressante dans ce laboratoire qu'est notre vie : nos réactions.

Que se passe-t-il lorsque quelqu'un ne répond pas à nos attentes ?

Que ressentons-nous lorsque nous avons peur de perdre quelqu'un ?

Comment réagissons-nous lorsque nous sommes critiqués ?

Que faisons-nous lorsque nous avons enfin la possibilité de prendre notre place ?

Sommes-nous capables de dire non ?

Savons-nous recevoir ?

Avons-nous besoin de contrôler ?

Cherchons-nous constamment à être validés ?

Avons-nous tendance à nous oublier pour préserver une relation ?

Ces observations peuvent devenir précieuses.

Parce qu'elles nous donnent accès à des mécanismes que nous ne voyons pas toujours lorsque nous sommes simplement « dans » l'expérience.

Il y a une différence entre vivre quelque chose et observer la manière dont nous le vivons.

Cette seconde position ouvre souvent un espace nouveau.

Une expérience n'est pas nécessairement une destination

Nous pouvons aussi appliquer cette idée à notre parcours professionnel.

Un métier peut nous apprendre quelque chose sans être notre destination finale.

Une entreprise peut nous permettre de découvrir nos capacités tout en nous révélant ce que nous ne voulons plus vivre.

Une reconversion peut être moins un changement radical qu'une nouvelle étape d'expérimentation.

Même nos projets peuvent fonctionner ainsi.

Nous essayons.

Nous observons.

Nous ajustons.

Nous recommençons.

Nous abandonnons parfois.

Nous poursuivons parfois.

Et nous découvrons progressivement ce qui nous correspond davantage.

C'est peut-être cela, finalement, trouver son axe.

Non pas découvrir une fois pour toutes la bonne direction.

Mais devenir suffisamment attentif à soi pour reconnaître ce qui nous rapproche de nous-mêmes et ce qui nous en éloigne.

Les histoires peuvent changer notre regard

C'est aussi là que les histoires prennent une place particulière dans mon travail.

Un conte ne nous donne pas forcément une solution.

Il peut simplement nous permettre de regarder autrement une situation que nous pensions connaître.

Un personnage peut nous faire penser à quelqu'un.

Une image peut réveiller un souvenir.

Une situation imaginaire peut entrer en résonance avec quelque chose de très réel.

C'est peut-être pour cela que certaines histoires restent longtemps en nous.

Elles ne nous apportent pas toujours une réponse immédiate.

Elles continuent parfois leur chemin en silence.

Et lorsque nous revenons à notre propre vie, quelque chose a changé.

Pas nécessairement la situation.

Notre manière de la regarder.

Or changer notre regard peut parfois changer profondément notre manière d'habiter ce que nous vivons.

C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles les contes occupent une place particulière dans mon univers.

Ils sont pour moi des espaces d'exploration, de symboles et de questionnement.

Des portes que chacun peut franchir à sa manière.

Devenir l'observateur de son propre chemin

Regarder sa vie comme un laboratoire ne signifie donc pas vivre constamment dans l'analyse.

Au contraire.

Il s'agit peut-être de retrouver une forme de curiosité.

Une curiosité envers soi.

Observer ce qui nous met en joie.

Ce qui nous fait peur.

Ce qui nous attire.

Ce qui nous épuise.

Les personnes auprès desquelles nous nous sentons pleinement nous-mêmes.

Les situations dans lesquelles nous nous contractons.

Les choix qui nous donnent de l'élan.

Et ceux qui nous donnent la sensation de nous éloigner de notre propre centre.

Petit à petit, quelque chose se dessine.

Comme lorsqu'un scientifique observe suffisamment longtemps un phénomène pour commencer à en percevoir les mouvements.

Comme lorsqu'un jardinier apprend à connaître une plante en observant sa manière de pousser.

Nous pouvons nous aussi apprendre à connaître notre propre arbre.

Ses racines.

Son tronc.

Ses branches.

Ses saisons.

Ses besoins.

Ses élans vers la lumière.

Et peut-être qu'il ne s'agit finalement pas de devenir quelqu'un d'autre.

Mais de mieux reconnaître l'arbre que nous sommes déjà.

Et si votre vie était votre plus grand laboratoire ?

Nous n'avons peut-être pas besoin d'attendre que notre vie soit parfaitement ordonnée pour commencer à la comprendre.

Nous pouvons commencer avec ce qui est là.

Avec nos questions.

Nos relations.

Nos choix.

Nos contradictions.

Nos expériences.

Avec ce qui nous réjouit autant qu'avec ce qui nous dérange.

Et peut-être qu'au lieu de nous demander constamment :

« Est-ce que je suis sur le bon chemin ? »

nous pourrions parfois nous demander :

« Qu'est-ce que ce chemin est en train de m'apprendre sur moi ? »

La question ne donne pas nécessairement une réponse.

Mais elle ouvre un espace.

Un espace pour observer.

Comprendre.

Apprendre.

Grandir.

Et peut-être, peu à peu, revenir à soi.

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