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Commencer sans se déraciner

Photo du rédacteur: Mathieu Joyeux
Mathieu Joyeux
21 sept.
7 min de lecture

Ce que le vivant peut nous apprendre sur l’alignement au travail

Et si notre manière d’entreprendre, de manager ou de prendre notre place pouvait être éclairée par l’observation du vivant ?

Nous vivons dans un monde professionnel qui valorise souvent l’initiative, l’autonomie et la capacité à avancer.

Il faut avoir une vision. Prendre des décisions. Oser se lancer. Développer son activité. Affirmer son leadership.

Ces qualités sont importantes. Elles permettent aux projets de naître et aux individus de contribuer à leur manière.

Mais une question mérite peut-être d’être posée :

Comment commencer sans se déraciner ?

Comment trouver l’élan nécessaire pour ouvrir un chemin tout en restant relié à ce qui nous nourrit ?

C’est une réflexion que la symbolique du nombre 1 m’invite à explorer, en la mettant en dialogue avec ce que le vivant nous enseigne.

Le 1 : l’impulsion de la vie

En numérologie, le nombre 1 est traditionnellement associé au commencement, à l’impulsion, à l’affirmation et à l’émergence d’une individualité.

Il représente symboliquement ce qui se lève, ce qui ose apparaître, ce qui donne une première direction à une énergie encore en devenir.

Avant le projet, il y a souvent une intuition.

Avant l’entreprise, une envie de créer.

Avant une prise de responsabilité, un mouvement intérieur qui nous pousse à agir.

Le 1 peut ainsi nous inviter à nous demander :

  • Qu’est-ce que je souhaite véritablement initier ?

  • Quelle impulsion cherche à prendre forme à travers moi ?

  • Suis-je en train d’avancer depuis mon propre axe ou simplement de répondre aux attentes extérieures ?

Mais cette symbolique comporte aussi une question essentielle.

L’élan vers l’indépendance doit-il nécessairement nous conduire à nous séparer de tout ce qui nous entoure ?

Pour tenter d’y répondre, il suffit peut-être de regarder un arbre.

Un arbre ne grandit jamais seul

Lorsque nous observons un arbre, nous voyons d’abord ce qui s’élève.

Son tronc. Ses branches. Ses feuilles qui cherchent la lumière.

Nous pouvons y reconnaître une forme d’affirmation : l’arbre prend sa place, développe sa structure et poursuit sa croissance.

Pourtant, ce que nous voyons ne représente qu’une partie de son existence.

Sous la terre, ses racines s’étendent. Elles l’ancrent, l’alimentent et participent à ses échanges avec son environnement.

L’arbre dépend de l’eau, de la lumière, de la qualité du sol, des organismes qui l’entourent et des cycles auxquels il est soumis.

Il ne grandit pas en dehors du vivant.

Il grandit à travers une relation permanente avec lui.

Cette observation peut nous amener à reconsidérer certaines représentations du travail et de la réussite.

Nous associons parfois la force à la capacité de ne dépendre de personne. Nous confondons autonomie et isolement. Nous imaginons qu’un dirigeant, un entrepreneur ou un professionnel accompli doit pouvoir tout porter seul.

Mais l’arbre ne perd pas sa singularité parce qu’il est relié.

Au contraire, c’est peut-être parce qu’il est relié qu’il peut pleinement devenir ce qu’il est.

L’autonomie n’est pas l’isolement

Dans le monde professionnel, l’autonomie est souvent présentée comme une capacité à décider, à agir et à prendre ses responsabilités.

Elle est précieuse.

Mais elle peut être comprise de différentes manières.

Il existe une autonomie qui consiste à ne plus attendre que quelqu’un nous autorise à avancer.

Et il existe une autre forme d’autonomie, plus fragile, qui cherche à ne rien devoir à personne, à ne montrer aucune vulnérabilité et à tout contrôler.

La première peut ouvrir un espace de réalisation.

La seconde peut progressivement nous couper de nos ressources.

Un entrepreneur peut avoir une vision personnelle tout en s’appuyant sur des collaborateurs, des partenaires et des relations de confiance.

Un manager peut prendre des décisions tout en reconnaissant l’intelligence collective de son équipe.

Une personne en reconversion peut choisir une nouvelle direction sans nier les expériences, les liens et les apprentissages qui l’ont conduite jusqu’ici.

Être autonome ne signifie pas être séparé.

Cela peut aussi signifier être suffisamment enraciné pour entrer en relation sans se perdre.

L’alignement : une relation entre les racines et l’élan

Le mot alignement est aujourd’hui très présent dans les discours professionnels et personnels.

On parle d’alignement avec ses valeurs, avec sa mission, avec ses objectifs ou avec son identité.

Mais que signifie réellement être aligné ?

L’alignement ne me semble pas être un état définitif dans lequel nous pourrions nous installer une fois pour toutes.

Le vivant ne demeure jamais complètement immobile.

Une plante s’adapte à la lumière. Un arbre traverse les saisons. Une forêt évolue au fil des années.

L’alignement pourrait alors être envisagé comme une relation vivante entre plusieurs dimensions :

  • Ce que nous sommes.

  • Ce que nous souhaitons construire.

  • Les conditions dans lesquelles nous évoluons.

  • Les relations qui nous nourrissent.

  • La manière dont nous contribuons au monde.

Un projet peut être cohérent sur le papier et pourtant nous éloigner progressivement de nous-mêmes.

Une réussite peut répondre aux attentes sociales sans correspondre à ce que nous souhaitons véritablement vivre.

À l’inverse, une activité modeste peut parfois nous permettre de retrouver une relation plus juste avec notre temps, nos valeurs et notre contribution.

Il ne s’agit pas de définir une forme unique de réussite.

Il s’agit de questionner ce que nous cherchons à faire grandir, et à quel prix.

Prendre sa place sans prendre toute la place

L’observation du vivant nous enseigne également que chaque élément possède une fonction, sans que cette fonction soit nécessairement supérieure à celle des autres.

Dans une forêt, les arbres, les champignons, les insectes, les cours d’eau et les végétaux participent à un ensemble complexe.

Tout ne se ressemble pas.

Tout ne remplit pas le même rôle.

Mais chaque élément s’inscrit dans des relations qui dépassent son existence individuelle.

Cette image peut nous inviter à réfléchir à notre manière d’occuper une place dans une organisation.

Un dirigeant n’a pas besoin d’être présent partout pour être essentiel.

Un manager n’a pas à posséder toutes les réponses pour accompagner une équipe.

Un collaborateur n’a pas besoin d’occuper tout l’espace pour apporter une contribution réelle.

Prendre sa place ne signifie pas nécessairement prendre toute la place.

Il existe une différence entre affirmer son rôle et vouloir contrôler l’ensemble du système auquel nous appartenons.

Dans le vivant, la croissance d’un élément ne se mesure pas uniquement à son expansion personnelle, mais aussi à la manière dont il participe à l’équilibre de l’ensemble.

Le rôle est un vêtement, l’axe demeure

Nous pouvons exercer plusieurs métiers au cours de notre existence.

Devenir manager. Créer une entreprise. Changer de voie. Reprendre une activité. Quitter une fonction qui ne nous correspond plus.

Ces rôles peuvent représenter des expériences importantes, parfois même des étapes nécessaires de notre chemin.

Mais sommes-nous réductibles aux fonctions que nous occupons ?

Un rôle est un vêtement que la vie nous confie.

Un axe est ce qui demeure lorsque nous le déposons.

Cette distinction me semble particulièrement importante dans un monde où l’identité professionnelle prend parfois une place considérable.

Nous pouvons finir par nous définir à travers notre titre, notre statut, notre niveau de responsabilité ou les résultats que nous obtenons.

Et lorsque le rôle disparaît, une question peut surgir :

Qui suis-je lorsque je ne suis plus ce que je faisais ?

L’alignement ne consiste peut-être pas à trouver un rôle qui nous définisse parfaitement.

Il pourrait plutôt s’agir d’apprendre à habiter nos rôles sans leur abandonner l’ensemble de notre identité.

Commencer, c’est aussi accepter de ne pas tout savoir

Le nombre 1 évoque le commencement.

Or, tout commencement comporte une part d’inconnu.

Lorsque nous lançons un projet, nous ne connaissons pas nécessairement toutes les étapes qui nous attendent. Nous ne maîtrisons pas toutes les rencontres, les difficultés ou les transformations qui accompagneront notre parcours.

Le vivant ne se développe pas selon un plan entièrement visible.

Une graine contient un potentiel, mais son développement dépendra de nombreuses conditions.

Elle aura besoin de temps, de ressources et d’un environnement favorable.

Elle devra aussi composer avec les imprévus.

Peut-être pouvons-nous nous inspirer de cette réalité pour envisager autrement nos débuts professionnels.

Commencer ne signifie pas avoir déjà toutes les réponses.

Cela peut signifier reconnaître une direction, poser un premier geste et rester suffisamment attentif pour ajuster notre trajectoire.

Il y a une différence entre avancer sans aucune réflexion et avancer sans exiger de connaître l’intégralité du chemin.

La vision donne une direction. L’écoute permet de rester vivant dans le mouvement.

Vers une entreprise qui ne se coupe pas du vivant

Ces réflexions ouvrent une question plus large : pouvons-nous concevoir le travail et l’entreprise autrement qu’à travers les seuls critères de performance, de croissance et de rentabilité ?

Il ne s’agit pas de nier leur importance.

Une organisation doit pouvoir fonctionner, se développer et assurer sa pérennité.

Mais elle est aussi composée de personnes, de relations, de décisions et d’un environnement dont elle dépend.

Une entreprise n’existe pas en dehors du monde.

Elle s’inscrit dans un territoire, utilise des ressources, mobilise des compétences et produit des effets sur son environnement.

Le vivant ne nous propose pas un modèle à reproduire mécaniquement.

Il nous offre plutôt des occasions d’observer, de questionner et de déplacer notre regard.

Comment circulent les ressources ?

Comment se transmet l’information ?

Comment les différents éléments coopèrent-ils ?

Que se passe-t-il lorsqu’une partie du système prend toute la place ?

Et surtout :

Quelles conditions permettons-nous aux personnes et aux projets de réunir pour pouvoir réellement grandir ?

Cultiver son élan sans oublier ses racines

La symbolique du 1 nous rappelle l’importance de l’impulsion, du commencement et de l’affirmation.

Le vivant nous invite, quant à lui, à ne pas séparer cette impulsion des relations qui la rendent possible.

Peut-être que l’enjeu n’est pas de choisir entre l’indépendance et la coopération, entre la réalisation personnelle et la contribution collective, entre l’ambition et l’ancrage.

Peut-être est-il de rechercher une manière plus vivante de les articuler.

Commencer.

Oser.

Prendre sa place.

Construire.

Mais sans oublier ce qui nous nourrit, ce qui nous relie et ce qui donne du sens à notre mouvement.

Car un arbre ne renonce pas à s’élever parce qu’il possède des racines.

Il s’élève grâce à elles.

Et peut-être que notre véritable alignement commence lorsque nous cessons de considérer nos racines comme ce qui nous retient, pour les reconnaître comme ce qui nous permet d’avancer.

🌿

Cultiver l’être comme on cultive un jardin.

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