top of page

S’enraciner : et si nous avions oublié d’où nous grandissons ?

Photo du rédacteur: Mathieu Joyeux
Mathieu Joyeux
il y a 16 heures
5 min de lecture

Nous entendons souvent qu’il faut avancer, évoluer, sortir de sa zone de confort, se dépasser, devenir une meilleure version de soi-même.

Comme si la vie était une course. Comme s’il fallait sans cesse atteindre quelque chose, franchir une nouvelle étape, devenir quelqu’un d’autre.

Mais prenons un instant pour observer le vivant.

Un arbre cherche-t-il à devenir un autre arbre ? Une graine regarde-t-elle celle de son voisin en se demandant pourquoi elle ne pousse pas aussi vite ? La forêt se presse-t-elle pour atteindre sa pleine hauteur ?

Le vivant semble suivre une autre logique. Il pousse à partir de ce qu’il est, selon son propre rythme, en fonction de son environnement et des ressources dont il dispose.

Et si nous avions, nous aussi, quelque chose à apprendre de cette simplicité ?

Grandir sans se perdre

Nous passons parfois beaucoup d’énergie à chercher notre place.

Nous nous adaptons aux attentes de notre entourage, nous essayons de répondre aux besoins des autres, nous poursuivons des objectifs qui semblent être les bons. Nous faisons de notre mieux pour être appréciés, reconnus, aimés.

Tout cela n’a rien de mauvais en soi. Le lien aux autres est essentiel. L’adaptation fait aussi partie de la vie.

Mais que se passe-t-il lorsque nous nous adaptons tellement que nous finissons par ne plus savoir ce qui nous correspond vraiment ?

À force de regarder ce que les autres attendent de nous, nous pouvons perdre de vue ce que nous ressentons. À force de chercher à bien faire, nous pouvons oublier de nous demander si ce que nous faisons est juste pour nous.

Nous avançons, parfois même avec beaucoup de détermination, mais sans toujours savoir dans quelle direction nous souhaitons réellement aller.

La fatigue s’installe. La créativité se fait plus discrète. Les décisions deviennent difficiles. Nous avons l’impression de devoir fournir toujours plus d’efforts pour continuer à avancer.

Et si nous n’avions pas seulement besoin de trouver davantage de motivation ?

Et si nous avions d’abord besoin de retrouver notre sol intérieur ?

Les racines que l’on ne voit pas

Un arbre ne peut s’élever vers le ciel que depuis ses propres racines.

Nous admirons souvent son tronc, ses branches, ses feuilles, les fruits qu’il porte. Nous voyons ce qui se développe, ce qui se montre, ce qui devient visible.

Mais sous la terre, une autre partie de son existence se déploie.

Ses racines lui permettent de puiser les ressources dont il a besoin, de s’ancrer dans son environnement et de soutenir sa croissance.

Chez l’être humain, cet enracinement prend une autre forme.

Il peut commencer par la connaissance de soi : apprendre à reconnaître ses besoins, ses aspirations, ses limites, ses élans et ses contradictions. Il peut aussi nous inviter à regarder notre histoire, non pour rester prisonniers du passé, mais pour mieux comprendre ce qui nous a construits.

S’enraciner, c’est peu à peu accueillir ce qui fait partie de nous.

Nos forces, bien sûr, mais aussi nos fragilités. Nos réussites, mais également nos erreurs. Les expériences qui nous ont nourris et celles qui nous ont conduits à nous protéger, parfois au point de nous éloigner de nous-mêmes.

Il ne s’agit pas de tout justifier ni de tout accepter sans discernement. Il s’agit de cesser progressivement de dépenser toute notre énergie à lutter contre ce que nous sommes et ce que nous avons vécu.

Car comment avancer sereinement si une partie de nous reste occupée à rejeter notre propre histoire ?

Revenir à soi n’est pas se détourner du monde

Nous pourrions croire que nous enraciner signifie nous replier sur nous-mêmes, nous détacher des autres ou ne plus tenir compte de ce qui nous entoure.

Pourtant, un arbre bien enraciné n’est pas un arbre coupé du monde.

Ses racines puisent dans la terre. Ses feuilles accueillent la lumière. Ses branches offrent un abri. Ses fruits nourrissent d’autres êtres vivants. Sa présence participe à un ensemble qui le dépasse.

Il grandit depuis sa propre nature, et c’est précisément ainsi qu’il peut contribuer à la vie autour de lui.

Peut-être en va-t-il de même pour nous.

Lorsque nous connaissons mieux nos besoins et nos aspirations, nous pouvons entrer en relation avec les autres sans devoir systématiquement nous oublier. Nous pouvons donner sans chercher à mériter notre place, aider sans nous sentir obligés de tout porter, aimer sans renoncer à ce qui nous anime.

Nous ne sommes pas toujours obligés de choisir entre nous-mêmes et les autres.

Il existe peut-être une manière d’être en relation dans laquelle chacun peut conserver ses racines tout en participant à quelque chose de commun.

Encore faut-il apprendre à reconnaître ce qui nous nourrit réellement, et ce qui nous éloigne peu à peu de nous-mêmes.

Prendre le temps de s’enraciner

L’enracinement ne se décrète pas. Il se cultive.

Il commence parfois par des gestes très simples : prendre le temps de respirer, marcher dans la nature sans chercher à accomplir quoi que ce soit, observer un arbre, écouter ce qui se passe en soi avant de répondre à une demande.

Ces moments ne résolvent pas nécessairement toutes nos difficultés. Mais ils peuvent nous aider à sortir, ne serait-ce qu’un instant, du mouvement incessant de nos pensées et de nos habitudes.

Nous pouvons alors nous poser quelques questions :

  • Qu’est-ce qui compte réellement pour moi aujourd’hui ?

  • Dans quelles situations est-ce que je m’adapte au point de m’oublier ?

  • Est-ce que les choix que je fais me rapprochent de moi-même ou m’en éloignent ?

  • De quoi ai-je besoin pour retrouver un peu de stabilité intérieure ?

Il n’est pas nécessaire de trouver immédiatement des réponses.

Parfois, prendre le temps de poser une question sincère ouvre déjà un espace nouveau.

Comme une graine enfouie dans la terre, quelque chose peut commencer à se développer sans que nous sachions encore quelle forme cela prendra.

L’essentiel est peut-être de lui laisser le temps.

Et si nous grandissions à partir de qui nous sommes ?

Nous ne pouvons pas choisir toutes les circonstances de notre vie. Nous ne maîtrisons ni les saisons, ni les tempêtes, ni tout ce qui vient bouleverser nos projets.

Mais nous pouvons apprendre à mieux nous connaître, à observer nos réactions et à discerner ce qui nous aide à avancer sans nous perdre.

Nous pouvons cesser de croire que grandir signifie nécessairement devenir quelqu’un d’autre.

Peut-être que grandir, c’est aussi apprendre à habiter pleinement ce que nous sommes, à accueillir notre histoire et à laisser nos différentes parts trouver leur juste place.

Le jardin ne demande pas à l’arbre de devenir autre chose que ce qu’il est.

Il lui offre un espace pour prendre racine, traverser les saisons et poursuivre sa croissance.

Et si nous nous accordions, nous aussi, cette possibilité ?

Un arbre ne peut s’élever vers le ciel que depuis ses propres racines.

Peut-être pouvons-nous commencer là.

Non pas en cherchant immédiatement à devenir davantage, mais en prenant le temps de revenir à nous-mêmes.

De regarder où nous avons pris racine.

Et de découvrir, peu à peu, ce qui cherche à grandir depuis cet endroit.

Une promenade dans le Jardin Intérieur

C’est cette exploration que propose S’enraciner, le premier carnet de la collection Les Carnets du Jardin Intérieur.

À travers des réflexions, des invitations à l’expérience, des espaces de silence et un conte né dans un jardin, ce carnet invite à porter un regard nouveau sur ses propres racines et à retrouver un lien plus simple avec soi-même et avec le vivant.

S’enraciner, ce n’est pas se figer. C’est retrouver le sol depuis lequel nous pouvons grandir.


Bienvenue dans le Jardin.

carnet du jardin intérieur, s'enraciner, ancrage, Mathieu Joyeux

 
 
 

Commentaires


Contactez moi par téléphone au 06 31 34 24 74 ou par le formulaire ci-dessous :

bottom of page